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Étude de cas

Planification familiale : Sénégal

Introduction

Par Bill et Melinda Gates

La meilleure manière d’expliquer l'importance de la planification familiale consiste peut-être à dire qu’en atteignant cet Objectif de développement, on augmente la probabilité d'atteindre la quasi-totalité des autres Objectifs de développement durable.

La pauvreté. La mortalité maternelle. La mortalité infantile. L'éducation. L'égalité entre les sexes. Tous ces facteurs s'améliorent quand les femmes peuvent planifier leurs grossesses de manière à être physiquement et économiquement prêtes à avoir un enfant.

Mais les normes sociales qui régissent la vie sexuelle et familiale sont puissantes. Nombreux sont les pays où les familles n'ont généralement pas recours à la planification familiale, et leur offrir des choix est non seulement un travail technique (obtenir des financements supplémentaires, concevoir de nouveaux produits, réparer les systèmes déficients), mais aussi un travail profondément culturel.

Malgré ces défis, de nombreux pays en développement ont commencé à prioriser la planification familiale car ils ont pris conscience de son impact. Ces dernières années, plus de 40 pays ont lancé des programmes rigoureux de planification familiale.

Nous avons demandé à deux personnes qui ont contribué de manière significative au succès de l'un des programmes de planification familiale les plus emblématiques, celui du Sénégal, de nous faire part de leur expérience. Fatimata Sy est directrice de l'unité de coordination du Partenariat de Ouagadougou, une alliance de neuf pays ouest-africains francophones engagés à fournir des services de planification familiale à davantage de femmes dans la région. Moussé Fall, imam et fondateur du Réseau islam et population, aide ses confrères imams à réconcilier planification familiale et théologie.

Ensemble, ils démontrent l'ampleur et la profondeur du travail requis pour s'assurer que toutes les familles pourront prendre les décisions qui leur permettront de s’épanouir pleinement.

Taux de prévalence des contraceptifs modernes au Sénégal
Projection actuelle
19902016
0
5
10
15
20%
3%
15%
Lancement du Plan d'action national pour la planification familiale
2012

En direct du terrain

Fatimata Sy

Directrice de l'unité de coordination du Partenariat de Ouagadougou

En 2011, l'élargissement de l'accès aux services de santé sexuelle et reproductive au Sénégal et dans l'ensemble de l'Afrique de l'Ouest n'était qu'une lointaine chimère.

Selon nos cultures, nos normes, les femmes devaient avoir beaucoup d'enfants, et la plupart des gens ne comprenaient pas les risques que pouvaient avoir des grossesses à répétition pour la santé, ou comment les éviter. Ceux qui en étaient conscients ne constataient que trop fréquemment que les contraceptifs qu'ils recherchaient n’étaient pas disponibles dans les établissements de santé publique du pays.

Mais tout a changé lorsque nous avons lancé le Partenariat de Ouagadougou, et que le Sénégal a assumé un rôle majeur en élaborant le premier plan national d'action pour la planification familiale dans la région. Toutes les parties prenantes au Sénégal ont participé à l’élaboration de ce plan :

le gouvernement a donné le ton en formulant des politiques ambitieuses visant à changer le statu quo et en fournissant le financement nécessaire pour les soutenir ; la société civile a suivi, avec quasiment tous les groupes d'intérêt au Sénégal : les chefs religieux, les représentants communautaires, les jeunes, etc. Pour la première fois, on assistait à une dynamique de changement.

Le Sénégal a refondu sa chaîne d'approvisionnement en contraceptifs afin de s'assurer que toute femme qui chercherait à obtenir des contraceptifs ne reparte jamais les mains vides.

Le plan d'action a traité un grand nombre de problèmes interdépendants avec des méthodes originales, notamment des stratégies d'augmentation de l'offre et de la demande de services de santé reproductive. Par exemple, en vue d'augmenter la demande, le Sénégal a lancé une campagne de sensibilisation du public sur l'impact des grossesses à répétition sur la santé des femmes et de leurs enfants.

Une année durant, la presse a parlé constamment de la planification familiale à la télévision, à la radio, dans les journaux et dans les magazines. Des débats ont été organisés. On a vu des affiches partout. Ces événements représentaient un tournant majeur, dans un pays où ces sujets avaient longtemps été tabous.

Au niveau de l'offre, le Sénégal a décentralisé ses chaînes d'approvisionnement en contraceptifs avec l'aide des partenaires du secteur privé, afin de s'assurer que toute femme qui chercherait à obtenir des services ne reparte jamais les mains vides. Au début, certains types de contraceptifs n'étaient disponibles que 20 % du temps ; ce pourcentage dépasse maintenant les 98 % dans l'ensemble du pays. Je me souviens de leur slogan : « Pas de produits, pas de programme ».

Les progrès du Sénégal ont surpris le monde entier, et aujourd'hui, les autres pays du Partenariat de Ouagadougou réalisent eux aussi des avancées extraordinaires.

Mais ce qui m'enthousiasme encore plus, c'est que désormais, ce ne sont plus seulement les ministres de la Santé qui veulent entendre parler de planification familiale : ce sont aussi les ministres des Finances, de la Population et de l'Éducation. Ils comprennent que la planification familiale ne concerne pas que la santé, qui « n'est pas mon problème ». Il s'agit de l'avenir, et nous en sommes tous responsables.

Tant d'années durant, la vie au Sénégal a été caractérisée par le manque. Le manque d'eau. Le manque d'électricité. Le manque d'écoles. Le manque d'emplois. Le manque, encore et toujours. Mais pour la prochaine génération, la vie peut s'améliorer. C'est possible. C'est mon rêve, et il est en train de devenir réalité.

En direct du terrain

Moussé Fall

Imam et fondateur du Réseau islam et population

Ma mère a eu huit enfants. Je suis l'avant-dernier. Elle est décédée à l'âge de 43 ans. À partir de ce moment, j'ai dû faire face seul au monde et à ses dangers.

Principalement, nous l'avons compris, parce que ses grossesses étaient trop rapprochées. Je ne voulais pas que cela arrive à qui que ce soit d'autre.

En grandissant, j'ai commencé à étudier la pensée islamique et je me suis aperçu combien les autorités religieuses étaient opposées à la planification familiale. Bien que le Coran soit authentique, elles doivent l'interpréter en fonction des réalités de leur temps. Aujourd'hui, il y a Skype, mais personne ne va trouver Skype dans le Coran. Et pourtant, tous les préceptes du Coran en matière de communication peuvent s'appliquer à Skype. C'est là l'effort intellectuel que doivent fournir les autorités religieuses, et nous essayons de les aider à le réaliser.

Par exemple, le Prophète encourage les femmes à espacer les naissances, parce qu'elles ont le devoir d'allaiter pendant deux années complètes. Les hadits le confirment. Dans le plus couramment utilisé, le Prophète de l'Islam parle de la perte de son fils, Ibrahim, à l'âge d'un an et dix mois. Le Prophète dit : « Mon fils est mort alors qu’il se nourrissait encore des seins. » Les imams avec lesquels nous travaillons connaissent tous les versets. Une fois qu'on les a étudiés avec eux, ils conviennent généralement de nos arguments. La prochaine étape est alors d'essayer de normaliser le sujet et de le réserver aux couples liés comme il se doit par les liens sacrés du mariage.

Ce que nous avons fait peut être réalisé dans l'ensemble de l'Afrique de l'Ouest. Les succès qu'a atteints le Sénégal peuvent être source d'inspiration.

Nous proposons dans chaque région du Sénégal des séances de formation en présence de médecins locaux et d'imams influents. Nous parlons de questions tant théologiques que médicales, pour que les imams comprennent également le fonctionnement des contraceptifs et les effets secondaires potentiels. C'est un travail ardu et constant. Mais nous avons ainsi formé 3 000 imams, qui, désormais, nous soutiennent, alors qu'au début, ils étaient résolument contre la planification familiale.

Je suis convaincu que ce que nous avons fait au Sénégal peut être réalisé dans l'ensemble de l'Afrique de l'Ouest. Nos réalités sont les mêmes, car ce sont les colonisateurs qui ont tracé les frontières entre nos pays. Nous avons les mêmes valeurs et quasiment les mêmes langues. Nous avons reçu l'Islam à la même époque. Les succès qu'a atteints le Sénégal peuvent être source d'inspiration.

Mon vœu est de voir les gens mettre leurs forces au service de la construction d’un avenir meilleur. Je suis convaincu que le travail que nous accomplissons ensemble nous fait progresser dans cette direction. Inchallah.

Ce que cachent les données

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